Psychothérapie et développement personnel

 

Au regard de la littérature existante, les auteurs sont assez partagés quant à la place du développement personnel vis-à-vis de la psychothérapie. Pour certains, le développement personnel n’est pas la psychothérapie. Pour d’autres, la psychothérapie fait partie intégrante du développement personnel. Au final, entre les deux, la frontière est perméable et assez incertaine.

Le développement personnel n’est pas la psychothérapie

Pour LACROIX, le développement personnel concerne les individus mentalement sains. « Le développement personnel n’est pas la psychothérapie (…). Le cadre dans lequel il se déroule n’est pas, à l’évidence, celui du traitement des maladies mentales »1. Également, la relation qu’entretiennent les clients et non patients avec leurs formateurs conseillers est beaucoup plus souple et légère que celle d’un patient avec son psychothérapeute. D’autre part, la compétence de ces praticiens, formateurs, ou encore thérapeutes (en France l’usage de ce titre est libre) ne leur permet pas de se comporter en psychologues cliniciens. Ainsi le développement personnel va bien au-delà de la psychothérapie. Il s’inscrit dans un processus de « maturation » et non de « guérison » (LACROIX). D’autre part, les clients du développement personnel n’hésitent pas à passer d’une technique à une autre. Un des postulats des formateurs est que si l’on décide de changer, il n’y a aucun intérêt à revivre les expériences douloureuses de son passé. À la question relative au pourquoi, le développement personnel substitue une approche fondée sur le comment2. Pour MASLOW, dont l’essentiel du travail repose sur sa théorie des besoins « la principale caractéristique des gens qui ont besoin d’une psychothérapie, c’est une déficience ancienne ou actuelle dans la gratification d’un besoin de base »3. La psychothérapie couvrirait donc ces déficiences dans le domaine des besoins de sécurité (se sentir à l’abri des menaces physiques ou psychologiques, besoin de stabilité et de repères), des besoins d’appartenance et d’affection (être intégré à un groupe, être aimé) et des besoins d’estime (être respecté et reconnu par les autres, avoir l’estime de soi, la réussite, le prestige). Le développement personnel lui, couvrirait les besoins d’accomplissement (la réalisation du potentiel de l’individu). La série des besoins de base délimite donc le champ de la psychothérapie dont la fonction est restauratrice, réparatrice. Outre ces besoins, l’être humain est soumis à des nécessités d’un niveau supérieur, « les besoins d’accomplissement », lesquels se traduisent par une aspiration à l’accomplissement de soi et qui dès lors, rentreraient dans le champ d’action du développement personnel. Oswald SCHWARZ a appelé « psychogogie » ce développement d’une personne qui est en bonne santé psychique. Ce terme est à rapprocher de la « psychagogie » de Charles BAUDOUIN qui est « la science des méthodes qui tendent à une meilleure conduite de la vie, à la maîtrise de soi, à la correction du caractère, à la solution des conflits, méthodes qui ont du même coup une grande portée thérapeutique, notamment dans les troubles nerveux »4. Si la psychothérapie permet de « guérir » les malades et provoque la disparition des symptômes, la psychagogie ou psychogogie prend le relais de la psychothérapie et permet de procurer la pleine santé aux gens qui ont été guéris. En pratique, pour LACROIX, psychothérapie et développement personnel, respectivement en tant que processus de guérison et de maturation, s’articulent de diverses manières : Une personne peut commencer par une psychothérapie puis par la suite faire du développement personnel ou inversement dans le cas où elle se rendrait compte qu’elle a des blocages qui ne peuvent être résolus que par la psychothérapie. Le développement personnel serait alors le moteur d’une prise de conscience. « Cette interpénétration des processus n’empêche cependant pas qu’ils soient de nature fondamentalement différente »5. La position de LACROIX, réservant exclusivement le développement personnel aux individus mentalement sains s’avère donc tout à fait discutable6.

La psychothérapie, une composante du développement personnel

Nous pouvons en effet envisager que la psychothérapie fait partie intégrante du développement personnel et s’inscrit dans un continuum dans la mesure ou tous deux, en partant d’états différents, visent un certain épanouissement et un certain bien-être dont l’accès doit soit passer par ce processus de guérison avant d’entrer dans une dynamique de maturation, soit enclencher directement cette dynamique dès lors que comme nous l’avons vu plus haut, l’individu peut être qualifié de mentalement sain.

Depuis 2010 en France, après maintes tentatives restées vaines, la législation est venue encadrer sous la forme d’un décret7 la notion de psychothérapie. L’aboutissement de ce texte a connu un chemin difficile devant faire face aux nombreux obstacles posés par le corps médical au sens large qui dénonçait l’empiétement des pratiques de psychothérapies sur la psychiatrie et l’absence de compétence de certains de ses représentants utilisant des techniques non validées par la science et pouvant s’installer en tant que tel sans formation particulière. Le texte de loi nous donne les conditions d’obtention du titre de psychothérapeute sans toutefois s’aventurer sur le terrain d’une définition de la psychothérapie. Aussi c’est du côté de la fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (FF2P) que nous pouvons trouver des éclairages quant à sa définition et aux méthodes afférentes. Selon la déclaration de Strasbourg, « la psychothérapie est une discipline spécifique des sciences humaines, indépendante, à caractère scientifique et qui implique un haut niveau de formation »8.

Une frontière perméable entre les deux

Le site de la FF2P présente un ensemble de méthodes que l’on retrouve également proposé par les formateurs en développement personnel. Dès lors, la frontière entre développement personnel et psychothérapie n’est pas aussi nette que le prétend LACROIX .

D’une part, dans les pratiques de psychothérapie et de développement personnel, le patient ou client, suivant que l’on est dans l’un ou l’autre champ, est invité à plonger au cœur de lui-même afin de viser un changement et un mieux-être durable. Il s’agit donc d’un véritable développement durable de la personne qui ne se cantonne pas à la simple prise de conscience soit par l’expérience mystique, soit par des états modifiés de conscience au moyen de la respiration holotropique, ou au moyen de la prise de psychotropes par exemple. La psychothérapie tout comme le développement personnel, en particulier à travers le prisme de la pensée positive, ont pour objectif ce travail de déprogrammation des schémas limitants et de reprogrammation de schémas émancipants. Ils sont tous deux des moteurs de changement pour trouver son identité propre, mieux se connaître et ainsi trouver son véritable « Soi ». D’autre part, en ce qui concerne les techniques, il n’y a pas de différence majeure, a priori, car les mêmes méthodes (PNL, gestalt, hypnose, analyse transactionnelle, etc.) peuvent être utilisées dans les deux cadres avec pertinence et efficacité.

C’est pourquoi, La différence entre le développement personnel et la psychothérapie ne se situerait pas au niveau des techniques mais au niveau des raisons et des objectifs pour lesquels telle ou telle démarche est demandée par le client et/ou proposée par un praticien qualifié. Dans le cadre d’une psychothérapie, une pathologie est présente, accompagnée d’une souffrance plus ou moins aiguë. Le but de la prise en charge est alors dans un premier temps, un processus de guérison. Dans un second temps, la psychothérapie vise à une meilleure connaissance et intégration de l’ensemble de sa personnalité. Dans une démarche de développement personnel, il y a une recherche de mieux être, de bonheur, accompagnée d’un désir d’actualiser au maximum son potentiel. Il y aurait donc, au regard de ce qui précède, une différence de motivation entre psychothérapie et développement personnel de sorte que l’une serait un processus de guérison tandis que l’autre serait un processus de maturation.

La frontière entre développement personnel et psychothérapie est donc plus difficile à cerner qu’il n’y paraît. Il semble tout à fait envisageable de considérer la psychothérapie comme faisant partie intégrante du développement personnel dès lors qu’elle s’adresse aux individus qui, bien que n’ayant pas une santé mentale positive, n’ont pas pour autant de maladie mentale avérée. Si les champs d’application respectifs du développement personnel et de la psychothérapie semblent difficiles à distinguer, il est indiscutable que le développement personnel s’inscrit dans le champ de l’expérience (cf art. Le développement personnel au regard de l’expérience).

Julien B.


 

1 LACROIX Michel, Se réaliser, Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Paris : Éditions Robert Laffont, 2009, p.21.

2 Ibid., p.23.

3 MASLOW Abraham H., Vers uns psychologie de l’être, Domont : Éditions Fayard, 2007, 267p.

4 Ibid.

5 LACROIX Michel, Se réaliser, Petite philosophie de l’épanouissement personnel, Paris : Éditions Robert Laffont, 2009, p.31.

6 JAOTOMBO Franck, Le développement personnel : Définition et Mesure, Th : Sciences de Gestion, Université : Paris Descartes, 2011.

7 Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute, disponible à l’adresse suivante : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000022244482&dateTexte=&\oldAction=rechJO&categorieLien=id

8 OMS et Communauté européenne, Déclaration de Strasbourg sur la psychothérapie, disponible à l’adresse suivante http://www.ff2p.fr/fichiers_site/accueil/dossiers/declaration_strasbourg/declaration.html

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